• Prix Dante

    Prix Dante

    PRIX  DANTE

    2016

    Prix Dante

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     HABIB  TENGOUR

    Profession actuelle ou ancienne : Poète, nouvelliste et romancier, Habib Tengour est Maître de Conférences de Sociologie Honoraire à l’Université d’Evry-Val d’Essonne
     Habib Tengour poursuit une œuvre riche et diverse commencée dans les années 1970. Il a été traduit dans plusieurs langues dont l’anglais et l’allemand. Il participe à de nombreuses rencontres en France et à l’étranger, 
    où il est régulièrement invité à des résidences d’écriture, notamment en Allemagne ou à donner des conférences, notamment dans des universités américaines.

     

    Parutions :
    Prose :
    Tapapakitaques - La poésie-île. Chronique 196 567 897 012. Paris: Oswald 1976.
    – Le Vieux de la Montagne. Relation, 1977/1981. Paris: Sindbad 1983. (2008 : Le Vieux de la Montagne, suivi de Nuit avec Hassan, Paris, La Différence)
    – Sultan Galièv ou La Rupture des Stocks. Cahiers, 1972/1977. Paris: Sindbad 1985 (Oran 11981).
    – L'Epreuve de l'Arc. Séances. 1982/1989. Paris: Sindbad 1990.
    – Gens de Mosta. Moments, 1990/1994. Arles: Actes Sud/Sindbad 1997. (Prix Afrique Méditerranéenne/ Maghreb, ADELF 1997)
    – Le Poisson de Moïse. Fiction 1994/2001. Paris: Paris-Méditerranée/Alger: EDIF 2000 2001.
    - Le Maître de l’Heure, Paris : Editions de la Différence avril 2008.
    - L’ancêtre cinéphile, Paris : Editions de la Différence, févParutions :rier 2010


    Poésie :
    – La Nacre à l'Ame, Sigean : L’Orycte 1981.
    – L'Arc et la cicatrice, Alger : ENAL 1983.
    (2006 : L’Arc et la cicatrice, précédé de Cahier d’Etude 1, Paris : La Différence)
    – Schistes de Tahmad II, Paris : L‘Orycte 1983.
    - Ce Tatar-là 2, Launay Rollet : Dana 1999.
    - Traverser, La Rochelle : Rumeur des Ages 2002.
    - Epreuve 2, Launay Rollet : Dana 2002.
    - Etats de chose suivi de Fatras, La Rochelle : Rumeur des Ages 2003
    – Gravité de l’Ange, Paris : Editions de la Différence 2004
    – Retraite, Manosque : Le Bec en l‘Air 2004 (mit Fotos von Olivier de Sépibus)
    – Césure, Baye : Wigwam 2005
    – La Sandale d'Empédocle (édition bilingue français-italien), Gênes, San Marco dei Giustiniani, 2006.
    – Seelenperlmutt (La nacre à l'âme, anthologie bilingue français-allemand, réalisée par Regina Keil),

    Théâtre :
    - Traverser, avec un dessin d'Abdallah Benanteur, La rumeur des âges, La Rochelle, 2002 [Mise en scène de Alain Rais, Théâtre du Lucernaire].
    Essais
    - L'Algérie et ses populations, en collaboration avec Jean-Pierre Durand, éditions Complexe, Bruxelles, 1982.
    - Spatialités maghrébine traditionnelles : étude d'un cas, les Beni-Zéroual, thèse de troisième cycle, Paris, 1985.
    - Retraite (témoignages), photographies d'Olivier de Sépibus, texte de Habib Tengour, traduction vers l'arabe par Saïd Djabelkheir et Esma Hind Tengour, Éditions Le Bec en l'Air, Manosque, 2004 .
    - Dans le soulèvement, Algérie et retours, Éditions de la Différence, 2012.
    Anthologies
    - Anthologie de la littérature algérienne (1950-1987), introduction, choix, notices et commentaires de Charles Bonn, Le Livre de Poche, Paris, 1990
    - Cinq poètes algériens pour aujourd'hui, Jean Sénac, Tahar Djaout, Abdelmadjid Kaouah, Habib Tengour, Hamid Tibouchi, Poésie/première, n° 26, Editions Editinter, Soisy-sur Seine, juillet-octobre 2003.
    - Des Chèvres noires dans un champ de neige ? 30 poètes et 4 peintres algériens, Bacchanales n°32, Saint-Martin-d'Hères, Maison de la poésie Rhône-Alpes - Paris, Marsa éditions, 2003 ; Des chèvres noires dans un champ de neige ? (Anthologie de la poésie algérienne contemporaine), édition enrichie, Bacchanales, n° 52, Saint-Martin-d'Hères, Maison de la poésie Rhône-Alpes, 2014
    - Ali El Hadj Tahar, Encyclopédie de la poésie algérienne de langue française, 1930-2008 (en deux tomes), Alger, Éditions Dalimen, 2009, 956 pages
    - Poems for the Millenium, volume 4, The University of California Book of North African Literature, co-dirigé avec Pierre Joris, 792 pages, University of California Press, 2013.
    Sur Habib Tengour
    - Jean Déjeux, Bibliographie méthodique et critique de la littérature algérienne de langue française 1945-1977, SNED, Alger, 1979.
    - Les Mots migrateurs, Une anthologie poétique algérienne, présentée par Tahar Djaout, Office des Publications Universitaires (OPU), Alger, 1984.
    - Jean Déjeux, Dictionnaire des auteurs maghrébins de langue française, Paris, Editions Karthala, 1984.
    - Mourad Yelles, Habib Tengour ou l'ancre et la vague : traverses et détours du texte maghrébin, Karthala, Paris, 2003 ; Habib Tengour. L'arc et la lyre. Dialogues (1988-2004), Casbah éditions, Alger, 2006.
    Jugements
    "L'Algérie d'aujourd'hui le fait souffrir. Au-delà de la tragédie quotidienne d'une guerre contre les civils, Habib Tengour fait remarquer que la mémoire lui fait défaut. La patrie a été saccagée et les potentialités créatrices ont été étouffées. « Qu'avons-nous fait, nous, Algériens, à Dieu pour être traités de la sorte ? », se demande-t-il. Il parle des librairies vides, des senteurs de cèdre et de thuya, des filles solitaires, des barbus qui se rasent l'aine et de la mer présentée aux enfants comme un «labyrinthe carnivore». Comment besogner librement dans ce pays ? Pourquoi le monde arabe n'a pas un seul savant de portée universelle ? (...) La nostalgie fait mal ; elle consume sournoisement les gens de Mosta. Le présent est laid. Le passé est douloureux. Quant à l'avenir, Habib Tengour laisse le lecteur deviner ce qu'il réserve à ces générations d'Algériens pris en otages par une violence aux racines profondes et lointaines. Une phrase résume tout cela : «Ici, tout est réel mais rien n'est rationnel.» " :Tahar Ben Jelloun, 1997.

    Habib Tengour "se découvre dans une écriture oscillant entre la dérive imaginative du jeu surréaliste et le souffle lyrico-épique de la tradition poétique arabe et s'affirme dès le début des années 80 comme un auteur important de la nouvelle génération d'écrivains maghrébins de langue française. Il s'exprime de façon privilégiée dans la poésie et ses récits, inclassables si l'on s'en tient aux catégories génériques traditionnelles, sont éminemment poétiques. Ils sont du reste, implicitement ou explicitement donnés par l'auteur lui-même comme quête, par-delà la narration à plusieurs strates qu'ils véhiculent, de la poésie décrétée "but ultime". Avec la nouvelle génération, dont Tengour est un exemple représentatif, la littérature algérienne de langue française montre qu'elle a assimilé et dépassé un héritage (double) et, si elle lui a payé son tribut ce n'est que pour mieux en prendre congé"(site Dzlit)
    "Il y a deux sortes d'écrivains. Ceux du sillon et ceux de la trace. Ou faudrait-il plutôt évoquer dès à présent le sillage ? Chaque chose en son temps. Il y a donc deux races de scripteurs. Autant dire deux planètes de signes et de rêves. Si nous retournions au désert des origines (chose éminemment souhaitable dans notre cas), on parlerait volontiers des "gens du bivouac". Certes, il faut raison garder. Nous sommes tous un jour à passer d'un côté ou de l'autre de la piste. Pour peu qu'un vent de sable se lève que l'on attendait plus. Pour peu que la nuit nous appelle hors des murs. Il arrive évidemment que dans l'espace d'une vie, un homme ou une femme quitte son sillon, abandonne les merveilles du "Paradis" (le jenna des oasiens) pour les splendeurs de l'errance. Tout bien considéré, c'est bien du même homme, c'est bien de la même femme qu'il s'agit. Mais en règle générale - et nous savons ce qu'il faut penser des règles au désert - la différence est fondée, palpable à travers une certaine couleur du style, une certaine coulée des mots, dans la lumière particulière de l'entre-jour ou, au contraire, dans la pénétrante réverbération des grands espaces métaphysiques. Habib Tengour est sans nul doute un homme de la trace. Même si le sillon fertile du terroir natal l'attire irrésistiblement, même si lui viennent parfois des pulsions de laboureur ou de sourcier, il n'en parcourt pas moins l'espace comme un vrai nomade. Ce mode de vie - qui est aussi un mode d'être et d'écriture - n'est certes pas de tout repos. Il le reconnaît d'ailleurs lui-même et parle à ce propos de "tension". On pourrait aisément mettre ce terme au pluriel : tensions entre l'ici et l'ailleurs, le passé et le présent, les Ancêtres et leurs héritiers, le politique et le poétique, le rêve et la réalité." (Mourad Yelles)

     

    Habib Tengour

    C’est un grand bonheur et un honneur pour moi que de présenter Habib Tengour, à l’occasion de la remise du Prix Dante 2016, qui récompense l’ensemble de son œuvre. Poète visionnaire ou encore poète de la transe, il est décrit comme l’une des voix les plus fortes de la poésie francophone du Maghreb d’aujourd’hui. Par-delà les frontières de la langue et de l’espace, Habib Tengour construit depuis des années une œuvre de poète, de romancier et d’essayiste qui questionne le monde et son histoire, aussi bien que l’identité et l’exil. Ses écrits puisent les mots au cœur d’une terre vaste et multiple. Ils font œuvre d’exploration, par une quête minérale menée dans les profondeurs du langage. Il en mûrit patiemment les facettes, attentif à ces reflets qui se dédoublent et s’enrichissent d’une rive à l’autre, dans ce qui émerge et ce qui revient.
    Habib Tengour est né à Mostaganem en 1947. Il a grandi dans l’est de l’Algérie où il s’est nourri de littérature arabe, fasciné par les textes classiques qu’il a lus ou les conteurs qu’il a aussi entendus. Il est arrivé en France avec ses parents en 1959. Il poursuit des études de sociologie à Paris, puis retourne en Algérie pour y effectuer son service national. Sociologue, anthropologue, il enseigne à l’Université de Constantine, puis à l’Université d’Evry, partageant son temps entre l’Algérie et la France, entre ses recherches d’universitaire et son travail d’écriture.
    Il publie Tapapakitaques - La poésie-île, chez Oswald en 1976, un récit-poème où, je cite, « il développe une écriture qui oscille entre surréalisme et souffle lyrico-épique de la tradition poétique arabe et « construit une narration sur un parti-pris d'irréalité dû au télescopage des époques et des lieux traversés par des figures glissantes, figures de la conscience sur lesquelles se greffent des noms illustres - Ulysse ou Nestor, Eluard ou Hikmet - auxquels l'auteur prête des éléments de sa propre biographie. » Auteur d’un Manifeste du Surréalisme Maghrébin paru en 1981, Habib Tengour s’est aussi profondément imprégné de poésie arabe classique et le mot « soufialisme » a aussi été employé à propos de son œuvre.
    Il alterne presque d’emblée la prose et le poème, puisqu’en 1981, il publie La nacre à l’âme chez L’Orycte. De nombreuses parutions ont suivi, pour la prose, Le vieux de la montagne, chez Sindbad en 1983, L’épreuve de l’Arc toujours chez Sindbad en 1990, puis Gens de Mosta, chez Actes Sud-Sindbad en 1997, couronné la même année par le Prix Afrique Méditerranéenne/Maghreb, ADELF, puis Le poisson de Moïse, paru simultanément à Paris et à Alger en 2001, et encore Le maître de l’heure, aux éditions de La Différence en 2008. En poésie, je citerai parmi ses nombreuses parutions, L’Arc et la cicatrice, chez ENAL à Alger en 1983, Ce Tatar-là en 1999, chez Dana, Gravité de l’Ange à La Différence en 2004, Césure, chez Wigwam en 2005. Il est aussi auteur de théâtre, avec la pièce Traverser, publiée en 2002 à la Rumeur des Ages. Son œuvre a été abondamment traduite, notamment en Allemagne grâce au travail passionné de Regina Keil, et aux Etats-Unis grâce à la poète et traductrice Marilyn Hacker, ainsi qu’au poète et traducteur Pierre Joris. Habib Tengour voyage et séjourne beaucoup dans différents pays, en Allemagne, où il a été plusieurs fois en résidence d’auteur et aux Etats-Unis, où il intervient dans différentes universités pour des conférences et des présentations de son travail d’écrivain.
    Habib Tengour a publié une édition complète de l’œuvre poétique de Mohammed Dib aux éditions de La Différence en 2007. Il a aussi cosigné avec Pierre Joris l’impressionnant volume numéro quatre de Poetry for the Millenium. Ce livre de plus de 700 pages, paru aux presses de l’Université de Californie, réunit des œuvres orales et écrites des littératures du Maghreb depuis Saint Augustin jusqu’aux auteurs contemporains. Ceci témoigne aussi de la boulimie de lecture de Habib Tengour, assidu de James Joyce comme de Dante et de sa Vita nova, œuvre qui l’accompagne depuis l’âge de 20 ans. Je ne parle pas des nombreux écrits universitaires de Habib Tengour, consacrés entre autres à la ville, même si lui ne voit pas de rupture entre ce qu’il écrit dans le domaine de la recherche et en littérature. Sans doute pour lui n’y a-t-il guère de différence entre le vivre et l’écrire.
    Classer les œuvres de Habib Tengour à l’intérieur de genres spécifiques ne correspond pas à sa conception de l’écriture. Pour lui, elle relève d’une présence aux êtres et aux choses qui ne saurait se résoudre à s’enfermer et à accepter des limites. Comme il le dit dans un entretien paru la semaine dernière dans El Watan à l’occasion du Prix Dante qu’il reçoit aujourd’hui, la poésie articule son travail d’écriture et nourrit ce qu’il appelle sa rage d’expression. Je citerai cette phrase qui nous éclaire sur le rapport qu’entretient Habib Tengour avec la poésie: « Mon œuvre est essentiellement poétique en ce que la poésie n’est pas simplement un genre littéraire mais une manière d’appréhender le monde et une attention vigilante à la langue et au langage. L’écriture poétique (et sa lecture) est active, elle opère une transformation dans ce qu’elle dit (et tait dans le même temps) et prend sens au fur à mesure qu’elle se dit. » Quête de la langue du poème, elle relève pour lui d’une manière d’être et de penser la vie, qui irrigue l’acte d’écrire, le précède et l’accompagne, de manière souterraine. Elle continue de cheminer au-delà de ce qu’il a anticipé avec les mots, porteurs de questions mais aussi d’une élucidation possible. Comme si Habib Tengour, confronté à l’ampleur de territoires d’exil et d’errance, plaçait dans les mots l’espoir d’une cartographie intime... Il est constamment en train de tracer et retracer des chemins anciens et nouveaux, de reconnaître et de découvrir, en se saisissant de ce qui a été comme de ce qui commence d’irradier les horizons qu’il pressent.
    Ecoutons quelques extraits de ses poèmes.
    Césure - III


    Vestiges - ces intailles tombées en poussières…
    Depuis longtemps,
    nos corps guettent un répit. Un clignement pour se glisser en silence au milieu du campement. S’abriter.
    Célébrations…
    Tu imagines des retrouvailles au pied d’un arc-en-ciel. Comment reprendre un dialogue amoureux à la césure même ? Révéler le fond de son âme. Taire les questions pour ne pas rouvrir des blessures. Ouvrir les bras. Il y aura à boire et à manger pour tous les convives, de la musique et des feux sur les toits pour signaler le festin.

    Ton désir incline le regard. Comme une hésitation…
    Des images vives pour tenir compagnie.
    Un attirail de bazar.
    Césure - III.c.

    Vivre est le temps de la mort… Là, une vie neuve.

    Espacement des étapes.
    L’érosion de la roche chagrine l’œil. Comme au jour de la migration, tu ne trouves plus de mots pour décrire le bruissement qui te soulève le cœur. Re-monte une inscription semblable à ce tatouage au dos de la main.
    Vide le ciel comme la demeure et cet arbre qui ploie l’égaré vers la poussière. L’oiseau tournoie au dessus du crâne avec la patience d’une tortue. Autruches et gazelles ont fui les parages. Tout est à l’abandon. Des attaches brisées.
    Les années ont passé et l’errance a recouvert le souvenir. Que de causes dé-fendues pour éprouver nos limites !… Tant d’étrangers – vis-à-vis de lumière – sont venus dans la maison…
    L’exil n’a laissé qu’un vague souvenir d’images mouvantes.


    Cécile Oumhani

     

     

     

     

     

     

     

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