• Prix de poésie Senghor

     

    Prix de poésie Senghor

     

    Prix de poésie européen

    Léopold Sédar Senghor

    2018

    Prix de poésie Senghor

     

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    Prix de poésie Senghor

     Prix de poésie Senghor

    Prix de poésie Senghor

    MARC ALYN

    Marc Alyn, de son vrai nom Alain-Marc Fécherolle, est un poète français né le 18 mars 1937 à Reims. Écrivain et critique littéraire français, il est le fondateur de la collection ″Poésie Flammarion″. A vingt ans, il reçoit le Prix Max Jacob pour son recueil "Le Temps des autres"

    Poète hors norme, écrivant un Dictionnaire des auteurs français aux éditions Seghers, entraîné à Arts, et au Figaro littéraire pour y donner des critiques, il appliquait « d’instinct le programme de Barrès : Avant tout, être bien élevé ». Le voilà tentant de rester fidèle à sa promesse de jeunesse : « Devenir poète à temps complet pour le reste de mes jours, quoi qu’il pût m’en coûter ». Il dessine alors les portraits sensibles de Nimier, Blondin, Huguenin, Mauriac (lequel reconnaît en lui un poète « indifférent aux modes intellectuelles »), ou Lawrence Durrell avec qui il partage un même intérêt pour l’ésotérisme. Le voilà conquis, comme lui, par  « L’Orient, notre patrie primitive », selon le mot de Rimbaud. On comprend mieux alors ses voyages à Byblos, Balbec, Beyrouth et Bagdad, clamant dans Le Livre des amants : « Je vais en Orient comme on va aux fontaines / boire après tant de soifs la seule eau souveraine ».

    Quand, lassé de Paris, Marc Alyn rejoint les terres d’Uzès avec sa première épouse, sentant l’ombre de Jean Racine hanter « encore les pavés des ruelles somnolentes où le temps semble s’être immobilisé », il appréhende alors la nature avec de nouveaux yeux. Du plus lointain qu’il se souvienne, il date sa « relation amoureuse avec la Nuit » à l’été 1944 alors qu’il explore « les nappes insondables de l’imaginaire » dans les entrailles de la maison familiale sous un ciel de feu. Cette messe quasi cosmique donnera naissance à son recueil Nuit majeure. « Ainsi naquit le poème conçu comme un labyrinthe dont le Minotaure eût été le poète lui-même le captif de sa vie intérieure et, plus largement, du monde contemporain privé de ses racines spirituelles. », écrit-il.

    Ces empires disparus et cet amour naissant (après son divorce il épousera une Libanaise) entraînent Alyn au seuil d’un nouveau cosmos, malgré les maladies et les opérations (notamment du larynx). On le retrouve à Venise, à Montmartre puis aux abords du parc Monceau, blessé mais lumineux, citant le mot d’Yves Klein : « Celui qui ne croit pas au miracle n’est pas réaliste ». Fort d’un style magistral, Marc Alyn vient de rédiger un livre émouvant, partagé entre le commentaire d’une vie et le récit d’un astre sans cesse renaissant.

     

    BIOGRAPHIE :
    D’une « étonnante précocité » (Dictionnaire des littératures), il crée à dix-sept ans la revue Terre de Feu, où il publie son premier recueil, Liberté de voir, en 1956. L’année suivante, le jour de son vingtième anniversaire, il reçoit le prix Max-Jacob pour Le Temps des autres, bientôt suivi d’un ouvrage en prose onirique et fantastique, Cruels Divertissements, salué par Mandiargues.
    Mobilisé en Algérie dès 1957, il collabore, après son retour, à Arts et Spectacles, La Table Ronde et au Figaro Littéraire, publiant parallèlement un essai sur Mauriac et un roman, Le Déplacement. Fondateur, en 1966, de la collection Poésie/Flammarion qu'il dirige jusqu'en 1970, il y révèle notamment Lorand Gaspar, Bernard Noël, Pierre Dalle Nogare, Andrée Chedid. Ses propres recueils Nuit majeure et Infini au-delà obtiennent respectivement le prix international Camille-Engelmann et le prix Guillaume-Apollinaire 1973. En 1994, lui est décerné, pour l'ensemble de son œuvre, le Grand prix de poésie de la SGDL (Société des gens de lettres).
    Son retrait loin de Paris (il s’est fixé dans un mas, à Uzès, Gard), en plein succès, témoigne de son refus des situations acquises et du parisianisme littéraire. Il préfère voyager au Proche-Orient où il connaîtra, dans les ruines de la cité phénicienne de Byblos, la « minute magique » dont jaillira la trilogie poétique Les Alphabets du Feu, publiée dans les années 1990, après son retour dans la capitale, et souvent perçue comme l’une de ses publications majeures.
    C’est lors de son premier séjour à Beyrouth (1972) qu’il fait la connaissance de la poète libanaise francophone Nohad Salameh, qu’il épousera des années plus tard (1990) à Paris et qui lui a inspiré Le Livre des amants (1988), imprimé à Beyrouth en pleine guerre civile.
    Confronté à de lourds problèmes de santé (un cancer du larynx, qui le prive durant plusieurs années de l’usage de la parole), il n’en poursuit pas moins son œuvre, qu’il élargit et renouvelle. Ami des peintres, il réalise avec eux un très grand nombre de livres d’artiste et de poèmes-objets, notamment avec T'ang Haywen ; en tant que critique, il leur consacre des chroniques ainsi que des essais : Les Miroirs voyants, Approches de l'art moderne.
    En prose, il célèbre la Sérénissime (Le Piéton de Venise, prix Henri de Régnier de l'Académie française;"Venise démons et merveilles" ), Paris point du jour ou, avec amour et humour, les neuf vies et les mille et une nuits de Monsieur le chat (prix Trente millions d’amis 2009).
    Il existe depuis l'an 2000 un Fonds Marc Alyn à la bibliothèque Carnégie de Reims; en 2015, un Fonds Marc Alyn a été inauguré à la bibliothèque de l'Arsenal (BNF), à Paris.
    Membre de l’académie Mallarmé et du jury du prix Guillaume-Apollinaire, Marc Alyn tient le poète « pour une espèce silencieuse de musicien, de voyant aveugle, scribe errant au seuil des cultures, frontalier des états extrêmes ajournant sans cesse sa propre mort pour cause d'urgence poétique. » 

     

    DISTINCTIONS :

    Chevalier des Arts et Lettres

    Officier des Arts et Lettres

    1957 : prix Max-Jacob
    1973 : prix Guillaume-Apollinaire
    1994 : grand prix de poésie de l'Académie française,
    1994 :grand prix de poésie de la Société des gens de lettres 

    1994 : Grand Prix de poésie SPAF doté du Président de la République

    2007 : prix Goncourt de la poésie pour l'ensemble de l'œuvre
    2014 : grand prix de poésie Pierrette-Micheloud pour l'ensemble de son œuvre

     

     

     

        POÉSIE :

    Liberté de voir, Terre de Feu (1956)
    Le Temps des autres, Seghers (1956)
    Cruels divertissements, Seghers (1957)
    Jean-Louis Trintignant dit les poèmes de Marc Alyn, Véga-Seghers, (1958)
    Serge Reggiani dit, Marc Ogeret chante Marc Alyn, Studio S.M. (1958)
    Brûler le feu, Seghers (1959)
    Délébiles, Ides et Calendes (1962)
    Nuit majeure, Flammarion (1968)
    Infini au-delà, Flammarion (1972)
    Douze poèmes de l'été, Formes et langages (1976)
    Rêves secrets des tarots, Formes et langages (1984)
    Poèmes pour notre amour, Formes et langages (1985)
    Le Livre des amants, Des Créateurs (1988)
    Le Chemin de la parole, (1994)
    L’État naissant (1996)
    Les Mots de passe (1997)
    L’Œil imaginaire (1998)
    Le Miel de l'abîme (2000)
    Les Alphabets du Feu : Byblos, La Parole planète, Le Scribe errant, iDLivre (2001)
    Les Miroirs byzantins, Alain Benoit (2001)
    Le Tireur isolé, Phi/Écrits des Forges (2010)
    La Combustion de l'ange, 1956-2011, préface de Bernard Noël, Le Castor Astral (2011)
    Proses de l'intérieur du poème, 1957- 2015, préface de Pierre Brunel, Le Castor astral ( 2015)
    Le Centre de gravité : l'Intégrale des aphorismes, L'Atelier du Grand Tétras (2017)
    Les Alphabets du Feu, édition définitive revue et corrigée, Le Castor astral (2018)

     

        PROSE :

    Marcel Béalu, Subervie (1956)
    François Mauriac, Seghers (1960)
    Célébration du tabac, Robert Morel (1962)
    Les Poètes du XVIe siècle, J'ai Lu (1962)
    Dictionnaire des auteurs français, Seghers (1962)
    Dylan Thomas, Seghers (1962)
    Le Déplacement, Flammarion (1964)
    Gérard de Nerval, J'ai Lu (1965)
    Srecko Kosovel, Seghers (1965)
    André de Richaud, Seghers (1966)
    Odette Ducarre ou Les Murs de la Nuit, Robert Morel (1967)
    La Nouvelle Poésie française, Robert Morel (1968)
    Norge (poète)|Norge, Seghers (1972)
    Entretiens avec Lawrence Durrell, Pierre Belfond (1972) et Gutenberg (2007)
    Le Diderot de Borès, Galerie du Salin (1975)
    Vision sur Tony Agostini, préface de Henri Gineste, Éditions Vision sur les arts, Béziers, 1979.
    Le Manuscrit de Roquemaure (illustrations de Pierre Cayol), Le Chariot (2002)
    Mémoires provisoires, L'Harmattan (2002)
    Le Silentiaire (illustrations de Pierre Cayol), Bernard Dumerchez (éditions)|Dumerchez (2004)
    Le Piéton de Venise, Bartillat (2005); livre de poche Omnia (2011) Les Miroirs voyants, Voix d'encre (2005)
    Le Dieu de sable, Phi/Écrits des Forges (2006)
    Paris point du jour, Bartillat (2006)
    Approches de l'art moderne, Bartillat (2007)
    Monsieur le chat, Écriture (2009); Archipoche (2014)
    Anthologie poétique amoureuse, Écriture (2010)
    Venise démons et merveilles, Écriture (2014)
    Le Temps est un faucon qui plonge, mémoires, Pierre-Guillaume de Roux (2018)
    Ouvrages pour la jeunesse
    L'Arche enchantée, Enfance heureuse, Éditions Ouvrières (1979)
    Nous, les chats, Formes et Langages, 1986, rééd. La Vague à l'âme (1992)
    Compagnons de la marjolaine, Enfance heureuse, Éditions Ouvrières (1986)
    À la belle étoile, La Vague à l'âme (1990)

     

       

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    Prix de poésie Senghor

    Prix de poésie Senghor

    Prix de poésie Senghor

    Prix de poésie Senghor

    La terre promise sera tenue.

    Mais il nous faut toute la
    Terre et toute la lyre

    du ciel :
    Jonas
    Icare et compagnie
    Aphrodite née près d'ici
    Et
    Ulysse dont le désir n'a cessé d'odysser
    Sur son rêve d'écume aux longs muscles de sel :
    La mer telle une chair fabuleuse qui glisse
    Hors des pièges de la durée entre souffrance et

    volupté.

    Nous voulons dérouler le tapis de l'espace aux motifs étoiles

    Pour déchiffrer enfin le message caché

    Car l'univers est
    Livre tout entier

    Et notre mission consiste à rendre la divinité elle-même intelligible

    À travers les signes du créé.

    Partir !
    Le monde est là au bord du bleu.
    Nos figures de proue dans l'air iodé se lavent.

    Chaque vague sera labourée par le soc de nos étraves.

    Que la folie nous guide

    aveugles
    Sur les chemins d'exode et d'exil !

    Nous voulons posséder non le sol réel mais ces îles plus belles d'être imaginées

    Pareilles aux fruits qui lentement mûrissent dans les vergers de
    Dieu.

    Ô terre d'eau d'air et de feu :
    Notre
    Terre qui êtes aux cieux !

     MARC ALYN

     

    Prix de poésie Senghor

    Prix de poésie Senghor

     

    Discours de remerciement de Marc Alyn :

            Mes chers amis, 

             « Tant que ma bouche

               ne sera pas remplie de terre

               je dirais ma gratitude à l’égard de la vie. »

        Ces vers sont du poète russe Joseph Brodsky, Prix Nobel de littérature, et je les fais miens de tout mon être. Exprimer sa reconnaissance, dire oui au monde entretissé de souffrances, mais aussi de fêtes, n’est-ce pas la fonction originelle du poète ? A côté de l’exil palpite le Royaume ; face à la révolte, à la négation prométhéenne,  rayonne la louange. « Ah ! j’ai lieu de louer… », s’exclame Saint-John Perse. Et Senghor lui-même, dont l’ombre plane présentement  au-dessus de notre assemblée, ne dit pas autre chose lorsqu’il s’exalte :

    « Salut à la Présence qui me fascine par le regard noir du mamba

     tout constellé d’or et de vert

     Et je suis colombe-serpent, et sa morsure  m’engourdit avec délices. »   

      Permettez-moi à mon tour de remercier le Comité du Cénacle européen des Lettres et des arts de la joie qu’il me procure en m’attribuant   cette année son Prix Senghor.  C’est un honneur et un bonheur, dont je goûte toute la saveur. Car Léopold Sedar Senghor demeure l’un des maîtres de la poésie en notre langue en même temps qu’un des phares de la négritude dont s’est enrichie la francophonie.

    Au long de soixante années de vie littéraire, j’ai reçu quelques brassées de lauriers associés à des noms de poètes illustres,  tels  Max Jacob et Guillaume Apollinaire. Mais  il s’agissait de prédécesseurs rencontrés dans les pages des anthologies alors que j’ai connu personnellement Senghor, qui affirmait fièrement : « Et je redis ton nom/ Et tu redis mon nom : Senghor ».

      Senghor le Magnifique appréciait le contact avec les autres poètes : il savait d’instinct capter la vibration de toute poésie inspirée, pourvu qu’elle possédât le rythme sacré : « Le poème, écrivait-il, fait transparentes toutes choses rythmées » Après maintes rencontres nocturnes au Chat qui pêche, boîte  à jazz de la rue de la Huchette, j’eus le chance, des années plus tard, de recevoir de ses mains le Grand Prix de la Société des Poètes français, le 18 mars 1987, date de mon anniversaire, trente ans,  jour pour jour, après la consécration du Prix Max Jacob, à vingt ans. Inutile, chers amis, de m’attarder ici sur mon long parcours  en poésie semé d’embûches, mais aussi d’instants fulgurants ! J’ai eu l’occasion de l’évoquer dans mes Mémoires parus récemment aux éditions Pierre-Guillaume de Roux  sous le titre : Le Temps est un faucon qui plonge. Mais la conjoncture actuelle  pourrait-elle  encore se révéler favorable à un cheminement semblable au mien ? Le destin de la poésie est étroitement lié au sort de la langue en laquelle elle s’exprime. Or la langue française – notre mère – se trouve particulièrement menacée au sein d’une société de consommation et de matérialisme – une société à responsabilité on ne peut plus limitée, soucieuse surtout de nous consumer. « C’est, disait Cocteau, la lutte du pluriel contre le singulier. » La mission    du poète ne consiste-t-elle pas en définitive à défendre bec et ongles cette langue,  la plus belle du monde ? Cette tâche sacrée peut se lire en transparence  dans l’un des poèmes de mon recueil Les Alphabets du Feu, que je me permets de vous lire en guise de conclusion :

                                              (Paris, le 9 juin 2018)

     Dans cette vie où tout se vend, je suis le vent, je suis la marge

    je vais où m’entraîne le chant. Oiseau libre je prends le large.

    Le verbe est semblable à la mer. Il a le goût salé des larmes.

    Je suis la bouche qui profère au nom des dieux le sens du drame.

     

    J’ai charge des mots solennels qui aident l’âme à s’élever.

    J’invente s’il le faut le ciel. Je donne à vivre et à rêver.

    Hors ma voix qui vient les fouetter les sons se suivent, se ressemblent :

    sans cesse il faut ressusciter ces mots de Panurge qui tremblent.

     Tel un changeur les monnaies d’or, je pèse et compte les paroles.

    En songe, je vais  chez les morts chercher mon Eurydice folle.

    Comprenez-vous que dans mon chant ce qui chante c’est le silence ?

    Je n’existe pas à plein temps. Je suis avec ce qui commence.

             Marc Alyn

    Prix de poésie Senghor

     

     

     

     

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