• Prix Senghor de poésie

     

     

     

    Prix de poésie Senghor Prix Senghor de poésie

     

    Prix de poésie européen

    Léopold Sédar Senghor

    2020

    Prix Senghor de poésie

     

     

    Prix Senghor de poésie

     

    Prix Senghor de poésie

    NOHAD  SALAMEH

     

     Biographie :

    De son père, poète en langue arabe et fondateur du magazine littéraire Jupiter, puis du bimensuel politique Al-Asr, elle hérite le goût des mots et l'approche vivante des symboles. Après des études à l'École Supérieure des Lettres de Beyrouth, elle est révélée toute jeune par le poète Georges Schehadé, qui voit en elle une «étoile prometteuse du surréalisme oriental». Elle publie son premier recueil de poèmes L'Echo des souffles et se lance dans le journalisme littéraire. Ses articles figurent dans le quotidien Le Soir. En 1973, elle dirige le service culturel du journal francophone As-Safa, puis, de 1976 à 1988, celui du quotidien Le Réveil fondé par le Président Amine Gemayel. La rencontre à Beyrouth, en 1972, du poète et écrivain français Marc Alyn (qui écrira pour elle Le Livre des amants , 1988) bouleverse sa vie; elle l'épouse en pleine guerre civile et s'installe à Paris en 1989.

    Elle a fait paraître plusieurs recueils de poèmes et divers essais. Le poète Jean-Claude Renard salue son «écriture à la fois lyrique et dense, qui s'inscrit dans la lignée lumineuse de Schehadé parmi les odeurs sensuelles et mystiques de l'Orient». Selon elle, «le poème, soustrait à la géographie, prolonge en tous sens la notion de territoire intérieur, demeurant une voix ample et multiple à l'écoute de tous les messages et de tous les silences». Elle a reçu le Prix Louise-Labé en 1988 pour L'Autre Écriture , le Grand Prix de Poésie d'automne de la Société des gens de lettres en 2007 et le Prix Paul Verlaine de l'Académie française en 2013 pour "D'Autres annonciations", La correspondance amoureuse entre les deux poètes vient de paraître aux éditions Pierre-Guillaume de Roux sous le titre "Ma Menthe à l'aube, mon amante",  "Les Eveilleuses, éditions  Atelier du Grand Tétras," 2019.

    En 2014, un Fonds Nohad Salameh a été créé au Liban, au Centre patrimonial Phénix de l'Université Saint-Esprit de Kaslik.

    Officier dans l'ordre des Palmes académiques (2002), elle est membre du jury du Prix Louise Labé depuis 1990. Ses poèmes ont été traduits en arabe, espagnol, roumain et serbe.  

     

    Poésie :

    Les Enfants d'avril', Le Temps Parallèle, 1980.
    Folie couleur de mer, Le Temps Parallèle, 1983.
    L'Autre Écriture, Dominique Bedou, 1987 ( Prix Louise Labé 1988).
    Les Enfants d'avril augmenté d'inédits avec des lavis d'Assadour, Vendémiaire, 1990.
    Chants de l'avant-songe, Cinq Continents, 1993.
    Les lieux visiteurs, Cinq Continents, 1997.
    La Promise, Cinq Continents, 2000.
    L'oiseleur, gravures de Pierre Cayol, Vendémiaire, 2000.
    Baalbek, les demeures sacrificielles, éditions du Cygne, 2007.
    La Revenante, Voix d'encre, 2007.
    Passagère de la durée, avec dix lavis de Colette Deblé, PHI, 2010.
    D'autres annonciations, poèmes 1980-2012, éditions Le Castor astral, 2012.
    Le Livre de Lilith, avec deux lavis de Colette Deblé, éditions L'Atelier du Grand Tétras, 2016.  

    Les Eveilleuses, éditions L'Atelier du grand Tétras, 1919 

    Les Racines du chant. Poésie libanaise francophone, 1920-1991, Coup de Soleil, No 22/23, 1991.
    Rimbaud l'Oriental, Cahiers Poésie Lascours, 1991.
    Proche-Orient: l'Image ou la quête du Lieu, Cahiers Poésie Lascours, 1993.
    Marcheuses au bord du gouffre, Onze figures tragiques des Lettres féminines", La Lettre volée, 2018.

    Sur Nohad Salameh :

    Figure de proue par Jacques Arnold, in Jointure No 42, 1994.
    Dictionnaire de la littérature libanaise de langue française, par Ramy Zein, L'Harmattan, 1999.
    Anthologie de la poésie française, par Jean Orizet, Larousse, 2007.
    Écrivains libanais d'aujourd'hui in Siècle 21 no 11, 2007.
    Poésies de langue française, anthologie, Seghers, 2008.
    Les Orientales de Nohad Salameh, par Jean-Paul Giraux, in Poésie Première No 43 2009.
    Couleurs femmes, anthologie, Le Printemps des poètes, Le Castor astral/ Le Nouvel Athanor, 2010.
    Anthologie poétique amoureuse, par Marc Alyn, Écriture, 2010.
    Voix de femmes, anthologie de poèmes du monde entier par Lionel Ray, éditions Turquoise, 2012.
    Ce qui est écrit change à chaque instant, anthologie, Le Castor astral, 2015.
    Il n'y a pas de meilleur ami qu'un livre, anthologie, Voix d'encre, 2015.
    Les Eaux vives, anthologie, Bulletin de l'Association internationale de la Critique littéraire, 2015.
    La Traductière, anthologie, 2015.

     

    Prix Senghor de poésie

     

    Présentation de Nohad Salameh pour le  Prix de poésie européen Léopold Sédar Senghor 2020

    par Alice-Catherine Carls

     

    L’écriture poétique de Nohad Salameh se définit dans cette magnifique expression en page 13 du volume Les Éveilleuses comme “la rencontre séraphique du double Je: le dit et l’inédit.” 

    Le dit et l’inédit: Janus à double face peuplant notre sang et notre cerveau, décrétant nos mouvements les plus intimes, les plus imperceptibles; pulsation qui met le Verbe en mouvance; jouissance infinie de contrôler comment nous disons qui nous sommes, et de rendre présent ce que nous ne savons pas voir. 

     Le double: multiple. Doubles du lieu et de la culture (Liban-France), du je et du nous, de l’exil et du retour. Doubles de contrastes et de contrepoints: moule et contenu, cérébral et charnel, extase et douleur de l’écriture. Ombre qui définit la lumière; “filet incantatoire fusant les entrailles du texte.” La volupté de l’écriture/lecture, le taleb, se conçoit, se travaille, s’exprime, se raffine; s’élabore dans l’Alchimie du Verbe; et rapporte de nos frontières des images, des senteurs, saveurs, couleurs, sons, accents, et attouchements qui nous sont révélés en paroles noires sur le blanc sur la page.

     Ces visages multiples, ces combinaisons infinies de l’écriture, Nohad Salameh les conjugue depuis toujours avec virtuosité, n’hésitant pas à détruire des manuscrits jugés insatisfaisants. Son oeuvre incarne la fragilité des entreprises humaines quand on pense aux conditions dans lesquelles elle écrivit entre 1972 et 1989, au Liban, sous les bombes. Cette situation qui menaçait la survie de ses manuscrits, renforça la trajectoire incandescente de sa poésie comme remède à la folie destructrice des hommes. Il n’y a toutefois pas de coupure dans son oeuvre, comme on le voit dans le volume D’autres annonciations paru en 2012 et qui rassemble ses poèmes écrits entre 1980 et 2012.

    Navigant l’impossible, Nohad Salameh, dont le nom vient de la prophétesse biblique Noadia, a bâti une oeuvre impressionnante, en commençant par son travail de directrice des pages littéraires du journal libanais d’expression française, Le Réveil, et en continuant avec ses volumes de poésie et d’essais. Découverte par Georges Schéhadé, appelée “l’étoile prometteuse du surréalisme oriental,” elle reçut le Prix Louise-Labé en 1988, le Grand Prix de Poésie d’automne de la Société des Gens de Lettres en 2007, et le Prix Verlaine de l’Académie française en 2013.

    Nohad Salameh est l’emblême de la francophonie, qui est le plus beau cadeau que les peuples d’Outre-mer puissent faire à la présence française à travers le monde. Elle a consacré deux volumes à la poésie orientale, l’un à la poésie libanaise francophone et l’autre au Proche-Orient. Elle a été traduite en arabe, espagnol, roumain, et serbe. Elle a plusieurs recueils en préparation dans la traduction anglaise de Susanna Lang, la traductride d’Yves Bonnefoy aux États Unis. Son recueil Baalbek, les façades sacrificielles, doit paraître en 2021. Sa présence en Europe est hautement visible, malgré sa grande réserve.

    Nohad Salameh chante l’errance sous toutes ses formes. Errance comme refus de se laisser enfermer dans les conventions; errance comme exil physique, culturel, intérieur; exil qui nous permet de comprendre l’autre, les autres. Errance comme volonté de se laisser envahir par les forces mouvantes de l’imagination, par de passagères sensations, par les divinations de la beauté, par l’esprit des autres. Cette errance signifie aussi la nostalgie du retour, la conscience de la fragilité de toute chose, et la beauté de l’instant, comme le dit “L’envol immobile”:

    Elle naquit — chant oppressé par le silence.

    Elle mourra : plus fugace qu’une phrase.

    . . .

    elle réintègre la substance de l’enfance

    terrassée par l’indocilité des ailes

    qui revendiquent l’air

    tissant d’autres exploits.

     ....

    Vaillance de mourir à l’issue d’un envol immobile

    repue d’archipels et de criques !

    Elle descend le versant des sommets

    et choisit sous la ronce un lieu de sépulture

    face à l’Orient.

    Extraits de La Revenante (2007) et Passagère de la durée (2010). 

    Cette errance dont Nohad Salameh comprend mieux que quiconque la grandeur et les dangers, elle la célèbra tout d’abord dans un volume d’essais sur Rimbaud, puis, plus récemment, dans une trilogie sur les femmes que le commun des hommes appellerait volontiers “maudites.” Il s’agit d’écrivaines et poètes au destin brisé qui nous laissèrent en partage leur fulgurante expériences, venues du monde entier et que Nohad Salameh célèbre sous plusieurs formes. Tout d’abord dans dans un livre d’essais sur onze écrivaines des 19e et 20e siècles, Marcheuses au bord du gouffre, qui parut en 2018. Puis dans deux collections poétiques, Le Livre de Lilith paru en 2016 et Les Éveilleuses, paru en 2019. Occasion de célébrer la femme multiple, et de comprendre la soumission de ces voyantes en poésie à des identités difficiles à assumer, ces ouvrages montrent un féminisme qui se bat contre les dernières frontières. La section intitulée “Les trapézistes de l’extrême” des Éveilleuses contient quatorze superbes poèmes divinant l’univers créateur de femmes insoumises qui “appelaient au secours le langage pour s’épargner le supplice du silence” et apprirent au monde à voir différemment.

    Nohad Salameh est poète parce qu’elle affirme l’extase, la faculté d’émerveillement de l’enfant, et parce qu’elle est “à l’écoute de tous les messages et de tous les silences.” Authentique, elle refuse d'être coupée – sa solidarité avec les femmes ne lui fait pas renoncer à sa vocation féminine. De vivre à Paris ne la coupe pas de ses racines orientales, mais au contraire enrichit son identité tout comme sa poésie enrichit notre paysage intime. Sa poésie est nourricière, elle a la “saveur de menthe écrasée,”  “le temps des confitures / la griffe caressante d’une mandarine” (“Le poids de la flamme”). Sa poésie a “le goût du citron vert” et la couleur du “jasmin qui dort du sommeil des abeilles,” elle est “le lait des tulipes.”  (“Les enfants d’avril”). Évoquant Baalbeck (“Baalbeck – les demeures artificielles), elle a des visions d’infini et d’immortalité devant les “torses en haut-relief, vous nous rêvez sous la chair muette de la pierre, nourris de la flore de l’ébriété – chanvre, pavots, lotus – ainsi que de toutes les saisons de l’ici et de l’au-delà.”

     Comme tous les êtres bilingues et biculturels, comme tous les exilés, Nohad Salameh enregistre le monde et nous le retransmet dans des vers uniques et enchanteurs. Elle nous apprend à maitriser notre exil tout comme elle le fait dans “La Revenante” : 

    revenante de mer en mer

    d’absence en absence

    les chevilles ravivées de soleil et d’encens.

     

    J’enjambe pêle-mêle des fortifications 

    d’absinthe et de ronces 

    afin de devenir l’épiphanie du Retour.

      Le Cénacle européen de poésie, arts, et lettres, est très heureux de lui remettre aujourd’hui le Prix de poésie européen Léopold Sédar Senghor 2020 pour l’ensemble de son oeuvre, et très fier de la compter désormais parmi les amis du Cénacle.

     Alice-Catherine Carls

    Prix Senghor de poésie

     

    Monsieur le Président, Chers membres du Cénacle Européen,  

    Chère  Alice-Catherine Carls, 

     

    Je parle d’un pays parfumé à la cardamome 

    sucré de pluies 

    mariné dans le soleil 

    d’un pays qui d’un mot invente  

    mille royaume comme ces lacs sauvages 

    en voyage au fond des Tarots. 

     

    Je parle d’un pays 

    où les mains font connaissance sur les bancs des églises 

    sous les fraîches coupoles des mosquées 

    et dessinent les voies lactées de la voyance. 

     

    C’est bien ce Liban-là  - celui de mon poème - que vous avez voulu  

    récompenser à travers ma personne ,  ce Liban de coexistence et de  

    partage. Mais surtout le pays francophone qui puise sa spécificité  

    et sa différence culturelle par rapport aux pays avoisinants dans la  

    langue de ceux qui l’ont tant chanté, célébré, loué : je pense à  Germain  

    Nouveau, Lamartine, Barrès, Chateaubriand , Gérard de Nerval … 

    Par conséquent, mes remerciements et ma vive reconnaissance  ne  

    pourront  qu’aller vers vous, un à un, chers amis du Cénacle européen  

    francophone . Ils s’adressent en personne à  Alice-Catherine Carls  

     l’initiatrice, grâce à qui mon parcours et ma poésie furent révélés 

    profondément et récompensés.  D’où la signification dont s’investit  

    actuellement le Prix Léopold Sedar Senghor que vous venez de  

    m’attribuer. Car jamais autant qu’aujourd’hui une distinction  

    symbolisant la francophonie n’aurait pu s’adapter à un pays tel que  

      le Liban, en raison du contexte tragique dans lequel se déroulent   

    actuellement les événements. En effet, par-delà le conflit politique qui  

    risque de dépecer ma terre natale, une menace d’ordre culturel sourd  

    des profondeurs –  un basculement de statut francophone.    En  

    m’attribuant  le  Prix Léopold  Sedar Senghor, lui- même symbole  de   

    la francophonie, vous venez de rajouter une pierre à l’édifice de mon  

    pays d’origine, et de raffermir ses assises spécifiques.  Pour tout cela,  

    merci encore à vous tous. 

     Nohad Salameh 

     

    Prix Senghor de poésie